Inde-Etats-Unis : le nouveau paradigme de la puissance
L’Asie méridionale concentre dans un même espace plusieurs partenaires essentiels à long terme pour les Etats-Unis, dans la quête d’un ordre global sûr et conforme à leurs intérêts et aux valeurs de sociétés libres, comme l’Inde ou comme le Pakistan, Etat nucléaire lui aussi, mais plus fragile et dont l’affaiblissement ou la radicalisation pourraient affecter les intérêts de sécurité américains plus que tout autre facteur. La région compte aussi un autre pays, l’Afghanistan, qui n’est peut-être pas le cœur de l’Asie mais qui est au centre des rivalités entre plusieurs puissances clés de l’Asie et a coûté à l’Occident une décennie d’efforts de guerre pour vaincre l’extrémisme et bâtir une stabilité durable…
Au cours des quatre années à venir, le temps du deuxième mandat de l’Administration Obama, la primature des Etats-Unis pour forger l’architecture régionale sera essentielle, en relief et en creux.
En relief, la consolidation d’un partenariat stratégique tous azimuts avec l’Inde pourrait changer le cours de l’histoire du XXIème siècle, en créant des réflexes durables de coopération entre les « deux plus grandes démocraties du monde », selon la formule consacrée.
En creux, la suprématie américaine est indispensable pour prévenir les possibles errements du Pakistan – la complaisance avec certaines formes de terrorisme, des institutions faibles, une politique étrangère susceptible d’amplifier l’instabilité régionale – qui pourraient s’opposer aux intérêts des Etats-Unis et de l’Inde en Afghanistan, la non-prolifération, la défaite du terrorisme et la réduction de l’extrémisme.
Un Partenariat Stratégique tous azimuts entre l’Inde et les États-Unis
L’Inde cherche encore à se défaire de son héritage de non-alignement et d’économie étatisée. Mais ses dirigeants ont clairement identifié les Etats- Unis comme un partenaire essentiel à long terme, au moment même où les dirigeants américains ont établi un partenariat stratégique avec l’Inde, avec le dessein plus global d’esquisser le nouvel équilibre des pouvoirs et des valeurs du futur système international. Washington et New-Delhi partagent une communauté d’intérêts en Asie du sud. Indiens et Américains s’efforcent de contenir le pouvoir et l’influence croissants de la Chine en Asie, de façon à encourager l’affirmation pacifique de la puissance chinoise. Les deux pays cherchent à vaincre le terrorisme, à modérer les radicaux et à promouvoir la construction d’Etats démocratiques en Asie méridionale, particulièrement en Afghanistan et au Pakistan, afin que des gouvernements responsables y gouvernent pour promouvoir le développement interne plutôt que pour contribuer à l’insécurité externe. Inde et Etats-Unis ont également en commun de vouloir garantir la liberté des voies maritimes dans l’Océan indien, par lesquelles transitent une bonne partie du commerce mondial d’énergie. Les deux capitales veulent renforcer une économie internationale ouverte et libérale, afin d’améliorer leurs connaissances, leurs technologies et leurs industries manufacturières.
L’Administration Obama II devrait pouvoir élever encore le niveau des relations avec l’Inde, en renforçant les relations économiques bilatérales, par les investissements directs et la conclusion d’un accord de libre-échange, et en favorisant les liens entre les peuples (« people to people »), en particulier dans les domaines de l’éducation, de la recherche et du commerce. Washington et New-Delhi peuvent coopérer plus étroitement sur l’Afghanistan, l’éveil du monde arabe, la défense anti-missiles, la sécurité maritime dans l’Océan indien, la sécurité en Asie orientale avec des partenaires tels que le Japon et dans le cadre des Nations-Unies.
L’objectif global d’une telle convergence de vues entre les Etats-Unis et l’Inde serait la prépondérance du pouvoir démocratique en Asie et dans le système international, dont l’axe indo-américain formerait le cœur. L’Inde ne doit pas pour autant renoncer à son autonomie stratégique, dans ce mouvement de rapprochement avec les américains. A l’inverse, les investissements des Etats-Unis, la formation, le commerce et les ventes d’armes tendent à rendre l’Inde plus puissante et prospère. Car seule une Inde forte et qui réussit sa modernisation peut atteindre l’autonomie stratégique, du fait des défis nombreux créés par son environnement proche, très défavorable.
Le Soutien et renforcement continu du Pakistan
Alors que l’Amérique se retire militairement d’Afghanistan, le Pakistan va perdre un important levier dont il disposait vis-à-vis de Washington, par le simple contrôle dont il dispose sur les voies de communication et d’approvisionnement vers ce pays en crise. Ce changement d’approche ouvre la perspective d’une relation américano-pakistanaise plus mûre et équilibrée, dans laquelle il sera moins question de gagner le soutien des militaires pakistanais, mais plutôt de contribuer au renforcement des institutions civiles de ce pays. Plutôt que de coupler Inde et Pakistan, l’Administration Obama va poursuivre des politiques indépendantes avec chacun des deux pays, empêchant l’un comme l’autre de prendre la diplomatie américaine en otage.
Les Etats-Unis vont sans doute vouloir plus se concentrer sur le renforcement de l’économie pakistanaise et notamment, le secteur de l’énergie, ceci pour conjurer les risques d’une montée des radicalismes associés aux crises conjoncturelles cycliques mais aussi, favoriser la bienveillance d’une population majoritairement anti-américaine. La libéralisation du commerce, y compris la levée des droits de douane sur les textiles importés, sera aussi importante que l’assistance officielle. L’Inde peut prendre un rôle moteur, et finir par ôter toute restriction sur le commerce et les visas, afin d’adresser un message de soutien à la majorité modérée du pays, qui s’oppose à la militarisation et à la radicalisation de l’Etat et de son action extérieure.
Le Chemin vers une Région Autarcique
En Afghanistan, la nouvelle Administration va devoir alimenter le partenariat stratégique en vigueur avec Kaboul avec l’engagement de maintenir un niveau substantiel de forces américaines dans le pays : pour former les forces afghanes ; pour contrer les attaques de talibans contre les institutions d’Etat; maintenir à distance les insurgés du Pakistan ; et s’assurer que les puissances voisines nourrissant des ambitions de conquête ne chercheront pas à exploiter le vide que causerait un retrait américain. A cet égard, les élections de 2014 en Afghanistan seront une étape-charnière du destin post-Occidental du pays et l’engagement des Etats-Unis, aux côtés d’alliés comme l’Inde, sera déterminant pour garantir la pérennité des acquis de la dernière décennie.
Le soutien international à l’Afghanistan contribuera également à construire une économie auto-entretenue, et non plus dépendante de l’aide extérieure. Dans cet esprit, l’Afghanistan peut devenir une porte d’entrée pour le commerce et l’investissement de l’Asie du sud vers l’Asie centrale. Une approche conjointe des Etats-Unis et de l’Inde envers les Etats d’Asie centrale peut aider cette région à préserver son indépendance vis-à-vis des grandes puissances voisines. L’Asie centrale, en retour, peut être cruciale pour la capacité de l’Inde à sécuriser ses ressources énergétiques et alimenter ainsi une forte croissance économique. Les Etats les plus modérés d’Asie centrale jouent en outre un rôle important, quoique insuffisamment reconnu, pour « contenir » l’expansion de l’extrémisme originaire du Pakistan.
La politique américaine, qui se déploie souvent suivant des axes parallèles à ceux de l’Inde, peut favoriser le processus de construction de systèmes démocratiques et d’économies de marché dans d’autres Etats importants d’Asie méridionale, tels que le Bangladesh, le Sri Lanka ou le Népal. Ces Etats ont en commun d’être des sociétés sous-développées, en situation de post-conflits, où les militaires jouent encore un rôle majeur. Le Bangladesh est particulièrement prometteur, de ce point de vue. Goldman Sachs l’a d’ailleurs identifié comme l’une des économies dites « N-11 » ou encore, de la « nouvelle génération de BRICs »…
Par-delà les affinités entre les peuples américain et indien, et les nombreux intérêts convergents qui incitent leurs Gouvernements à mener une coopération toujours plus étroite, l’Inde et les Etats-Unis ont un rôle décisif à jouer pour que l’Asie demeure un continent libre et pluraliste. L’affirmation de l’Inde oblige la Chine à faire preuve de retenue dans son soutien au Pakistan, dans la mesure où Pékin a dorénavant beaucoup à perdre en conduisant des politiques susceptibles de nuire aux intérêts indiens. Une alliance plus étroite entre l’Inde et les Etats-Unis incitera tout autant la Chine à stabiliser des relations longtemps fluctuantes avec l’Inde, étant donné que la menace militaire chinoise et les appétences territoriales de Pékin risqueraient d’entraîner une dynamique conflictuelle non seulement avec Delhi, mais aussi avec Washington.
A long terme, ces tendances lourdes vont modifier en profondeur les rapports internationaux en Asie voire, dans le monde. Les perspectives ouvertes par le renouveau de la politique américaine dans la région et par la modernisation de l’Inde, lente, mais sûre, pourraient déboucher sur un réaménagement de l’équilibre global des puissances et des valeurs qui les sous-tendent, au point de fonder un nouveau paradigme : le triangle Etats-Unis/Inde/Chine, plus isocèle qu’équilatéral, n’a pas fini de faire parler de lui…
Où va l’Italie ? E la nave non va bene…
Le résultat des élections législatives italiennes des 24 et 25 février est très préoccupant : il consacre l’entrée de 163 membres du parti de Beppe Grillo au Parlement, la résurrection de Silvio Berlusconi, la défaite de Mario Monti (pourtant reconnu par ses pairs au sein de l’Union européenne comme l’homme providentiel et le sauveur de l’euro) et la victoire en trompe l’oeil de la gauche emmenée par Pier Luigi Bersani.
Cette catastrophe électorale vient de très loin et déborde les contours de l’Italie.
1-Des non-élections italiennes
Le résultat navrant de ce scrutin, en première approche, est un éclatement complet de la représentation nationale et l’impossible émergence d’un pôle majoritaire auquel adosser un Gouvernement stable et de plein exercice. On peut sans doute y lire le point d’arrivée de l’usure du système politique italien, ébranlé par les scandales à répétition, sorti émoussé des années de plomb et des tourments de la démocratie chrétienne, essoré par l’opération « mani pulite » et gravement dévoyé par le berlusconisme…
Mais il y a plus. Il y a un paradoxe italien à l’œuvre, depuis longtemps, en Europe.
L’Italie a partie liée avec notre civilisation. C’est un pays de très haute culture ; le creuset d’un Empire qui a dominé le plus grand territoire du monde connu, en son temps ; un pays qui a jeté les bases pratiques d’un système politico-militaire puissant, à grand rayonnement ; un pays dont les légions ont, jadis, maillé les territoires occupés avec un art consommé de l’organisation et de la logistique. Bref, un pays dont Braudel a tiré « le modèle italien ». L’Italie a élevé à des sommets certaines formes d’art, en peinture, en architecture notamment. Elle reste, aujourd’hui encore, le « bel paese» où l’on ressent, plus qu’ailleurs, l’art et la douceur de vivre, le raffinement du quotidien. Comme si, par strates successives, s’y étaient déposées les manifestations de tout ce qui fait la civilisation, autrement dit, le dépassement des instincts et des besoins élémentaires, pour atteindre le niveau supérieur de l’être.
Ce pays voisin, cousin, aiment à dire les transalpins (« i cugini », disent-ils de nous) a pourtant perdu son génie politique. Où ? Comment ? Qu’est devenu cette aptitude à vivre ensemble « in urbe » que les romains avaient su élaborer, travailler, étendre, longtemps et sur un vaste territoire?
C’est une affaire ancienne. Certains estiment que le Vatican, Etat religieux au service d’une religion d’Etat, ombre portée de l’Eglise catholique, ne pouvait s’accommoder de l’existence d’un Etat fort dans la péninsule. En clair : que deux Etats à l’échelle d’une même Nation (l’Eglise et la République) ne pouvaient pas cohabiter. Cette thèse, d’ailleurs soutenue par des politologues de différentes sensibilités et obédiences, est intéressante.
Il y a sans doute autre chose. Les « Républiques maritimes » (Venise, Gênes, Pise, Amalfi…) ont été consacrées, au Moyen-âge, par et pour le commerce, toutes tournées vers la prospérité matérielle. Ces « Cités Etats » n’ont presque pas eu d’autre ambition et d’autre orbite. Leur déploiement a donné le tempo d’un certain type de rapport à la chose publique: territorial, commercial, extraverti…
Prise entre l’universalité de l’Eglise (le vrai Etat globalisant ?), la territorialité des Cités (qui ont façonné une Italie très régionalisée et polycentrique, loin du centralisme français ou anglais) et les errements bien plus récents du fascisme (de 1922 à 1945), l’Italie politique s’est trouvée dès longtemps placée sous de difficiles auspices: elle a eu du mal à émerger.
S’ajoutent à ces éléments macro-historiques, situés dans la longue durée chère à Braudel, un rapport très particulier entre les italiens et l’Etat. Rarement perçu comme protecteur, jugé généralement inefficace, toujours nimbé de soupçons « patrimonialistes » ou « népotistes », l’Etat est au mieux toléré, souvent déconsidéré, au pire, détesté. Dans l’inconscient collectif, il fait office de prédateur qui ponctionne, parasite les circuits économiques et justifie, par son obésité (tantôt critiquée, tantôt jalousée) l’économie informelle.
C’est peut-être ce qui faisait dire à Benito Mussolini : « Gouverner l’Italie n’est pas difficile, c’est inutile… ».
C’est sûrement sur ce terreau qu’a pris racine le berlusconisme, l’ère Berlusconi. Voyons les choses en face : « Il Cavaliere » a été porté à quatre reprises à la tête du Gouvernement, en 1994, en 2001 (pour 5 ans), en 2005 (jusqu’en 2006) et en 2008. Pareille insistance, pareille répétition, n’est pas le fruit du hasard. Elle traduit un certain type de relation à la politique, à la classe politique. Entre marketing « grand public », rhétorique basiste, faible contenu idéologique (pour ne pas dire nul), mise au pavois de ses talents d’homme d’affaires et discours anti-élitiste, Silvio Berlusconi a incarné pendant plus de 11 ans un populisme débridé. Son remplacement par Mario Monti tenait autant à ses frasques très médiatisées (et qui finissaient par blesser l’orgueil national, car les Italiens sont tout de même attachés à faire « bella figura » surtout à l’étranger) qu’au niveau intenable atteint par coût dure-financement de la dette publique sur les marchés de capitaux…
Résumons : grand passé, mais concurrence de l’Eglise ; morcellement ancien de l’espace public ; défiance instinctive envers l’Etat ; errements d’une classe politique plus adepte de « combinazione » que d’intérêt général ; populisme assumé et pratiqué à grande échelle de Berlusconi, sur fond de crise démographique et de difficultés socio-économiques (même si le « système pays » joue efficacement, si l’offre de l’Italie est plutôt en phase avec le « mainstream » mondial et si le tissu économique italien, servi par une diaspora énorme, avec 62 millions d’italiens vivant à l’étranger, est remarquablement flexible) : autant dire que les élections de 2013 s’inscrivaient sur une toile de fond plutôt chargée.
Dans ces conditions, le résultat du scrutin paraît moins surprenant : vote de défiance ; rejet des courants traditionnels ; préférence pour un non-résultat. Des non-élections en quelque sorte, reflet d’une Nation profondément désorientée, ne sachant plus à quel Saint se vouer (malgré le Vatican !) en quête de sens donc et trop consciente de sa vulnérabilité croissante aux influences extérieures (avec une fixation particulière, dans les provinces du Nord, sur l’immigration).
2-Des élections non-italiennes
Au fond, les principaux enseignements de cette élection confirment des tendances lourdes à l’œuvre dans tous les pays d’Europe occidentale. Ce sont des mouvements longs, préoccupants par leur ampleur et leur généralisation.
Qu’on le veuille ou non, l’arrivée ou le retour à l’avant-plan de Beppe Grillo et de Silvio Berlusconi traduit un profond désarroi à l’égard des réponses des partis traditionnels aux défis de notre temps : le vieillissement démographique très prononcé en Italie, où l’indice synthétique de fécondité est l’un des plus bas de l’UE ; l’endettement des Etats, très haut en Italie ; la mondialisation, vécue et perçue comme la source d’un décrochage et d’une perte de bien-être…
Le message clé de ces élections « non-italiennes » pour le coup, puisqu’elles traduisent un désenchantement bien plus général, quasi-générationnel est un message de protestation tous azimuts. Protestation contre le « diktat » allemand (qui mêle confusément et sans discernement la BCE dirigée par…un italien ; le Bundestag ; la Chancelière ; la barre de l’euro « trop » fort, vu comme un mark déguisé…), contre les élites (Mario Monti a été affublé du surnom cocasse de « Ben Loden ») contre la vie chère et le matraquage fiscal (NB la pression fiscale ayant il est vrai singulièrement augmenté depuis deux ans) contre le système (lequel au juste ?), contre l’Union européenne, jugée autant coupable de rétraction (sur le front des aides régionales et des politiques de soutien) que d’un excès concomitant de régulations…
3-Des élections anti-européennes
C’est assurément ce volet des élections des 24 et 25 février qui est le plus lourd de menaces, et qui parle le plus du malaise européen de 2013.
Car il renvoie plusieurs messages simultanés, homogènes et tous négatifs, aux peuples et dirigeants de l’Union.
Qu’un pays fondateur des Communautés européennes, patrie d’Alcide de Gasperi, tourne aussi clairement le dos à la discipline budgétaire européenne, refuse les années d’effort annoncées et attendues par un Mario Monti, négligent la contrainte de refinancement de la dette italienne et fasse fi de la confiance collective à la base du gouvernement européen (au sens non pas organique, mais fonctionnel du terme) est très inquiétant.
La probable impossibilité de désigner un Gouvernement homogène, stable et effectif, susceptible d’assurer la continuité des engagements pris par Mario Monti, plonge de nouveau la zone euro dans l’inconnu et met la monnaie unique en tension. L’accalmie des marchés, un temps rassurés par l’arrivée aux commandes d’un économiste reconnu, banquier avisé, auréolé de son passage réussi à la Commission européenne, est terminée.
L’Italie avait fait écran, au profit des économies du sud (Espagne, Portugal) depuis plusieurs mois, jouant un rôle de réassurance et de stabilisation. Dans une large mesure, l’apaisement de la crise financière de la zone euro était lié au sérieux et à la rigueur d’Il Professore, comme on surnomme Mario Monti depuis ses années à la Bocconi de Milan. Troisième économie de la zone euro, l’Italie, par sa surface propre, le poids de sa dette et ses ramifications dans l’UE crée un « effet d’échelle ». Si le verrou italien saute, il met en tension et en péril immédiat, tout l’édifice bancaire et monétaire de la zone euro. L’Allemagne sera sous très haute pression.
Au fond, ces « non élections »« non italiennes » sont bien trop clairement anti-européennes, dans l’un des pays fondateurs de notre projet d’Union politique. C’est bien là que le bât blesse. Par l’indifférence coupable dans laquelle est tenu le projet européen ; par la vigueur du populisme, forme moderne et finalement très pernicieuse de nationalisme en minuscule ; par le rejet de l’échelon européen, qui n’est plus regardé comme susceptible d’inverser le cours de l’histoire, d’encadrer nos démons du XXème siècle et de contribuer à maîtriser la mondialisation.
Elles sont aussi anti élitistes, dans la plus pure tradition du populisme : la rupture dirigeants-dirigés atteint un point culminant, en Italie. Cette tension interne entre une Nation et ses élites n’est jamais une bonne nouvelle, en démocratie…Mais les élites italiennes ont-elles cherché, depuis des années, à produire du sens au profit de la collectivité? Le quadruple succès électoral de Silvio Berlusconi, en 20 ans, n’a-t-il pas, avant même la débâcle de février 2013, traduit et signé la défaite de ces «élites» ? Il y a là matière à penser, à s’interroger et peut-être, s’inquiéter, pour les partenaires de l’Italie…
Quels scénarios pour l’avenir stratégique de l’Asie ?
Une étude du Conseil National du Renseignement américain, intitulée « Tendances globales 2030 : Mondes alternatifs », identifie les évolutions lourdes qui vont façonner le futur système international, y compris l’explosion des classes moyennes, la migration du pouvoir de l’Occident vers d’autres grands ensembles et la probabilité croissante de nouveaux conflits inter-étatiques.
Ces mouvements de fond ne toucheront aucune autre région du monde aussi puissamment que l’Asie, où le CNR prévoit logiquement que la Chine deviendra la plus grande économie planétaire, l’Inde le plus grand moteur d’expansion de la classe moyenne et les scénarios de conflits entre puissances émergentes et établies susceptibles de mettre à l’épreuve la paix dans la région. Dans aucune autre région du monde, la primature des Etats-Unis dans le système international ne sera autant défiée qu’en Asie, entre les géants en marche que sont l’Inde et l’Indonésie, un rival à part entière qu’est la Chine et le glissement progressif du centre de gravité de l’économie mondiale de l’Atlantique vers les océans indien et pacifique.
Quel sera le rôle de l’Asie dans le monde, quels seront ses rapports avec les Etats-Unis et les autres pays occidentaux ? La résolution de ces questions dépendra largement de l’ordre régional qui prendra forme à l’horizon 2030… A cet égard, plusieurs scenarios théoriques peuvent être envisagés. J’en retiendrai principalement 7. Le nombre élevé des scénarios stratégiques concevables pour l’Asie confirme le caractère très irrésolu des dynamiques de pouvoir régionales mais aussi, combien d’inconnues subsistent sur la trajectoire chinoise, sur la permanence de la puissance américaine, sur la ré-émergence (attendue) du Japon et sur la vraie nature du régionalisme asiatique.
Ces scénarios pour l’Asie de 2030 comportent trois variantes multipolaires, trois variantes bipolaires et une variante unipolaire.
Ces 7 variantes retombent peu ou prou sur 5 grands systèmes régionaux possibles :
- Une multipolarité « fluide », emmenée par l’ascension de plusieurs Etats forts, avec les Etats-Unis comme puissance extra régionale dominante;
- Un Concert des Nations asiatiques ;
- Une nouvelle guerre froide en Asie ;
- Un condominium sino-américain (G2) ;
- Un nouvel Empire du milieu.
Plus précisément, trois formes de multipolarités sont envisageables. (a) Un ordre multipolaire semi coopératif, semi concurrentiel, dans lequel les Etats-Unis demeurent l’acteur le plus puissant ; (b) un ordre multipolaire fondamentalement concurrentiel, dans lequel la Chine est l’acteur le plus puissant ; (c) un concert des Nations asiatiques libéral, dans lequel plusieurs Etats forts s’organisent autour de formes de coopération plutôt que de rivalité.
- La multipolarité avec une domination des Etats-Unis : cet ordre multipolaire combinerait coopération et concurrence, interdépendance et rivalité, avec les Etats-Unis comme puissance de premier plan. Ce statu quo par rapport à la situation actuelle suppose néanmoins un engagement total des Etats-Unis en Asie-Pacifique.
- La multipolarité avec une domination chinoise : cet ordre multipolaire serait fondamentalement compétitif et conflictuel, avec les Etats-Unis tenant un rôle plus distancié, plus lointain ; la prédominance des dynamiques d’équilibrage régional, et la Chine comme acteur majeur. Ce scénario est le plus probable en cas de désengagement ou de retrait américain.
- Le Concert des Nations d’Asie : cet ordre libéral structurerait une entente régionale, dans laquelle la libéralisation politique en Chine aurait permis une plus grande coopération démocratique, fondée sur la transparence, la confiance et des institutions régionales efficaces. Un tel ordre serait plus viable s’il incluait les Etats-Unis.
Alternativement, trois formes de bipolarités semblent possibles : (a) une cassure au sein de l’Asie, entre deux blocs concurrents conduits respectivement par les Etats-Unis et la Chine ; (b) une région caractérisée par un retrait des Etats-Unis, qui dresseraient un groupe dirigé par la Chine contre un groupe concurrent mené par une autre des grandes puissances locales ; (c) un condominium sino-américain dans lequel une bipolarité coopérative gouverne la région.
- Une guerre froide dans une Asie bipolaire : les Etats-Unis contre la Chine. Cet ordre régional bipolaire serait axé sur des blocs concurrentiels conduits par les Etats-Unis et la Chine.
- Une autre guerre froide en Asie : Asie contre Chine. Un tel ordre bipolaire régional stimulerait des blocs concurrents dirigés par une coalition comprenant le Japon, l’Inde, la Corée réunifiée et leurs alliés du Sud-Est asiatique, d’un côté, contre la Chine et ses alliés (Pakistan plus petits Etats d’Asie du Sud) de l’autre, avec un retrait des Etats-Unis, qui jouent quand même un rôle de rééquilibrage « offshore ».
- Un condominium G2: dans cette approche bipolaire coopérative, les Etats-Unis et la Chine formeraient un condominium qui remplacerait le réseau d’alliances américain comme pilier de la stabilité régionale. Un tel ordre pourrait reposer sur des sphères d’influence très proches de celles de l’ordre bipolaire concurrentiel, mais avec des relations sino-américaines complices plutôt que rivales.
Enfin, une forme d’unipolarité (et une seule) paraît envisageable en Asie : une forme de primauté de la Chine qui réduirait les autres Etats à un statut diminué, et empêcherait effectivement les Etats-Unis de jouer un rôle régional cardinal.
- Le Nouvel Empire du Milieu : dans un tel ordre unipolaire, contrôlé par Pékin, les Etats-Unis serait pratiquement exclus d’Asie et les grandes puissances régionales verraient leurs intérêts subordonnés à la suprématie de la Chine.
Vu en 2013, les scenarios stratégiques les plus vraisemblables pour l’Asie en 2030 semblent être, par ordre décroissant de probabilité d’occurrence : (1) la multipolarité avec un ascendant des Etats-Unis ; (2) une guerre froide Etats-Unis/Chine dans une Asie bipolaire; (3) la multipolarité avec un ascendant de la Chine ; (4) une guerre froide Asie-Chine ; (5) le concert des Nations asiatiques ; (6) le condominium sino-américain ; (7) le nouvel Empire du Milieu.
La variable-clé de tous ces scénarios réside dans le rôle que les Etats-Unis choisiront de jouer en Asie : sous l’angle de la continuité de leur présence militaire et de leur primature diplomatique et économique (qui dépendront en partie de la capacité américaine à revitaliser leurs ressources internes) ; sous l’angle de la défense de leurs alliés et de l’approfondissement du partenariat stratégique avec l’Inde ; et sous l’angle de la nature de leur relation avec la Chine. Les autres variables importantes seront incontestablement : le champ et le rythme des changements politiques internes à la Chine ; la vitesse de l’affirmation économique et militaire de l’Inde et enfin ; l’avenir de l’alliance Etats-Unis/Japon.
« The Innocence of Muslims » : à qui la faute ?
« Où et quand ai-je été innocent ? », Saint Augustin
Une vague de colère contagieuse, à l’avant plan : vraie rancœur et fausse spontanéité.
La sortie d’un film en Californie, réalisé par un immigré copte, mettant en scène le Prophète Mohamed et tournant l’Islam en dérision, sous le titre « The Innocence of Muslims », a embrasé les pays arabo-musulmans, dans le sillage de l’attentat perpétré contre le Consulat des Etats-Unis à Benghazi, le 11 septembre 2012, au cours duquel l’Ambassadeur Christopher Stevens et trois fonctionnaires américains ont péri.
Même si cet attentat est probablement lié à une opération terroriste préparée à l’avance, visant à marquer la date du 11 septembre, il a été suivi d’une succession de violences qui ont émaillé l’actualité dans 19 pays abritant, en proportions variables, des populations islamiques. Dans 8 d’entre eux (Libye, Yémen, Liban, Soudan, Tunisie, Afghanistan, Pakistan, Egypte), les manifestations, virant souvent à l’émeute, ont été meurtrières. Toutes ont visé les représentations diplomatiques des Etats-Unis, beaucoup plus rarement, celles d’autres pays occidentaux (Allemagne directement et le Royaume-Uni, collatéralement, au Soudan) .
Le bilan humain de ce mouvement, qui se poursuit, est d’ores et déjà lourd (19 morts, 239 blessés).
Son bilan matériel est impressionnant, avec dans de nombreux pays, des images de destructions de bâtiments officiels (au Soudan, en Libye, en Egypte, en Tunisie…) ou d’atteintes à l’inviolabilité des locaux diplomatiques. Les Ambassades des Etats-Unis au Yémen, en Egypte et en Tunisie, pourtant fortement protégées, ont été prises d’assaut et leur sécurité mise à bas. L’Ambassade d’Allemagne au Soudan a été incendiée (cette attaque répondant en réalité à l’autorisation accordée par un tribunal allemand à des manifestants ultras d’arborer des caricatures du Prophète pendant une manifestation, en août dernier). L’Ambassade du Royaume-Uni a subi des dommages collatéraux.
Si la plupart de ces mouvements ont été présentés comme une réaction de colère contre un film jugé infâmant pour l’Islam et le Prophète, s’ils ont tous pris pour cible les Etats-Unis (le film ayant été produit en Californie), ils ont rarement été spontanés. Dans la grande majorité des cas, des partis islamistes, souvent radicaux (salafistes au Maroc, en Jordanie…) ont appelé à la mobilisation populaire et à l’action contre les intérêts américains. Profitant de la dynamique, des groupes traditionnellement hostiles aux occidentaux leur ont emboîté le pas (talibans en Afghanistan ; Hezbollah au Liban ; Al Qaïda en Libye..).
Comme le souligne Olivier Roy dans le Monde daté du 21 septembre, « ce ne sont pas les auteurs du printemps arabe qui ont attaqué les ambassades américaines, ce ne sont même pas les premiers bénéficiaires des élections, les Frères musulmans et Ennahda, ce sont au contraire ceux pour qui le printemps arabe a détourné les pays arabes de leur vrai combat ».
La vidéo a ainsi mis le feu aux poudres, dans un contexte passablement chargé. Ce même contexte, aggravé par l’épisode de « The Innocence of Muslims », fait craindre l’impact de la publication par Charlie hebdo, le 19 septembre, de caricatures de Mahomet et de l’Islam.
Des questions lancinantes, à l’arrière-plan : les manifestations anti-occidentales (anti-américaines surtout) comme révélateur.
Ces flambées de violences sont comme un accès de fièvre, symptomatique d’un malaise plus profond.
- Elles révèlent et amplifient manifestement quatre tendances, quatre « trend » historiques, dont aucun n’œuvre pour la paix et l’harmonie entre les civilisations et les peuples qu’elles rassemblent.
- Il y a d’abord les tensions endémiques entre Occident et monde arabo-musulman. Elles s’inscrivent dans la longue durée, avec des fractures anciennes (les Croisades), d’autres plus récentes (guerre du Golfe, Irak, Libye…) et des points de fixation « clivants » (Iran, conflit israélo-palestinien..). Ces tensions sont avivées par le facteur énergétique, enjeu de richesse et de puissance. Elles se nourrissent également d’une incompréhension croissante entre deux versants de l’humanité qui connaissent des évolutions de sens contraire : primat du fait religieux dans les pays musulmans ; désacralisation ou sécularisation dans les sociétés occidentales, où les religions tendent à régresser. Dans l’ensemble occidental, les Etats-Unis forment toutefois une exception à cet égard.
- Il y a ensuite une radicalisation croissante des islamistes, notamment, mais pas seulement, d’origine salafiste. Le salafisme est un mouvement sunnite, revendiquant un retour à l’islam des origines, fondé sur le Coran et la Sunna (la tradition). Autrement dit, l’Islam est traversé par un courant intransigeant, fermé au dialogue et prosélyte.
- Jouent également, au sein de ces pays musulmans, de graves conflits de répartition du Revenu disponible. Ils sont fréquemment minés par les tensions sociales et économiques. Cet état de fait renforce considérablement la tentation, comme au Soudan, de trouver des exutoires commodes aux frustrations massives, contre l’Occident.
- La plupart des pays de la zone Afrique du Nord/Moyen-orient connaissent une sérieuse crise de leadership. Les régimes autocratiques ploient (Syrie), chutent (Libye), implosent parfois (Yémen) ou cèdent la place à des transitions heurtées (Egypte, Tunisie…). Ils voient naître des gouvernements dominés par les islamistes. Alors que l’Occident a généralement organisé la séparation de l’Eglise et de l’Etat et opté généralement pour des pouvoirs publics laïcs, les pays arabo-musulmans entrent dans une ère de gouvernement marquée par la compénétration entre politique et religion.
- Cette poussée de violence est globalement révélatrice de la sensibilité des populations arabes et musulmanes aux messages émanant de l’Occident. Cette sensibilité prend un relief particulier à l’ère de la mondialisation et de la communication démultipliée, en temps réel, à grande échelle. A cet égard, l’affaire des caricatures, il y a quelques années déjà, avait révélé l’abîme séparant des sociétés occidentales « relativistes », viscéralement attachées aux libertés publiques, désacralisées, athées, de sociétés arabes intransigeantes sur la question religieuse et prônant certaines formes de censure. Le film «The Innocence of Muslims » procède de la même logique. Il suscite la même incompréhension : deux lectures s’opposent, celle d’un Occident qui en minore la portée, demeure profondément attaché à liberté d’expression et de création, qu’il assimile à son ADN politique ; et celle d’un monde musulman qui ne comprend pas que l’on puisse concevoir et plus encore, tolérer des œuvres jugées blasphématoires. C’est, dans le même ordre d’idée, une décision de justice rendue par un tribunal indépendant en Allemagne qui a mis le feu aux poudres au Soudan, ce tribunal ayant autorisé des manifestants ultras à arborer des caricatures du Prophète pendant un défilé…
- Ce nouvel épisode de « colère musulmane » survient à un moment précis de l’histoire du Moyen-Orient.
C’est une époque où les grands équilibres régionaux se déplacent, évoluent, alors qu’ils étaient depuis des décennies largement articulés sur le conflit israélo-palestinien.
C’est aussi une période où monte en puissance un conflit majeur, entre un axe sunnite (des Frères musulmans aux saoudiens…) et un axe chiite, autour de l’Iran et ses satellites (Hezbollah, régime syrien…). L’axe sunnite paraît partager l’obsession d’un Iran nucléaire que l’on retrouve à Washington, Paris ou Tel Aviv. La « rue arabe » est otage de ce conflit.
- Dès lors, tout peut raviver les tensions. Nos sociétés démo-libérales ne contrôlent pas tous les évènements (décisions de justice, œuvres de l’esprit, créations, publications…) susceptibles de mettre en cause l’islam, le monde arabe, les musulmans… Outre que filtrer en amont les messages, les productions, se heurte à une impossibilité pratique, ce « filtrage » reviendrait en fait à nier nos valeurs fondatrices, le socle de droits (et obligations) sur lequel notre civilisation s’est en partie construite. C’est l’enjeu du débat suscité par les caricatures de Mahomet publiées par Charlie hebdo le 19 septembre, où il s’agit en réalité de trouver le bon réglage, la juste balance, entre liberté d’expression et d’opinion, liberté de la presse, et esprit de responsabilité, eu égard au conséquences possibles en raison du contexte particulier dans lequel cette publication intervient…
Sommes-nous donc condamnés à une récurrence des conflits du type de ceux observés depuis le 11 septembre dernier ?
Des perspectives inquiétantes: entre incompréhension, radicalisation et conflictualité du fait religieux, les facteurs d’opposition entre monde arabo-musulman et Occident ont rarement été aussi nombreux.
- Les frottements entre musulmans et puissances occidentales ne sont certes pas nouveaux. Mais ils se nourrissent de plusieurs points de fixation en politique internationale.
On peut en relever au moins 4:- le conflit israélo-palestinien, abcès de fixation historique.
- le dossier nucléaire iranien. Même si l’Iran est dominé par les chiites, qui s’opposent aux sunnites et si grandes sont les différences historiques entre persans et arabes, il paraît évident qu’à choisir entre Israël et l’Iran, les pays arabes feraient probablement bloc autour du « champion régional » iranien, en cas de frappes israéliennes.
- la guerre menée contre le régime de Kadhafi, en Libye, a moins heurté les consciences arabes du fait de leur sympathie pour la personnalité du Guide qu’en raison des relents de « corps expéditionnaire » pris par l’opération. Le recours de l’Occident à la force n’est jamais très bien perçu dans la région.
- en Afghanistan, l’intervention des puissances occidentales demeure fondamentalement contestée par les talibans, bien évidemment. Elle suscite, dans le monde arabo-musulman, un écho mitigé, que révèlent à chaque reprise les réactions à la nouvelle de victimes civiles collatérales d’opérations menées par les membres de la coalition.
- Pour ne rien arranger, les canaux de dialogue ne sont pas légion. Rares sont les enceintes structurées et apaisées, où pays arabes et musulmans peuvent échanger librement et sans arrières pensées avec les Occidentaux. Les organisations internationales sont soit trop universelles, soit trop spécialisées. Les dialogues bilatéraux sont trop étroits. Le projet français d’Union pour la Méditerranée, qui visait à créer les conditions d’un rapprochement entre Afrique du nord et Moyen-Orient et pays occidentaux, peine à prendre corps.
- Surtout, la question religieuse nous oppose, à deux titres bien différents.
- D’abord parce que les musulmans ne comprennent pas l’athéisme ou la désacralisation de nos sociétés modernes. Ils ne parviennent pas à respecter vraiment des sociétés a-religieuses, déchristianisées… Pour eux, ce qui distingue l’homme de l’animal tient précisément à ceci : la Révélation. A leurs yeux, c’est la croyance qui humanise et inspire le respect. Pour eux, la question religieuse est à la fois une affaire de conviction et un élément d’identité. De leur point de vue, le reflux du sacré, la perte de convictions religieuses de l’Europe sont incompréhensibles et confirment le déclin de nos sociétés.
- Ensuite, parce qu’au fond, les Etats-Unis sont la seule puissance occidentale à conserver un socle militant de croyances religieuses. Les Etats-Unis n’ont pas réellement séparé l’Eglise et l’Etat : « in God we trust ! ». Le serment du Président élu (le « pledge of allegence ») dit « One Nation, under God, with liberty and justice for all »…Les interventions militaires américaines dans le monde arabo-musulman sont systématiquement perçues comme des croisades modernes, y compris par bon nombre d’américains eux-mêmes. De ce point de vue, la vague de colère anti-américaine provoquée par la video « the Innocence of muslims » n’intervient pas sur un terrain vierge : elle vient se fixer sur la puissance occidentale du moment (les Européens, par comparaison, et la crise de l’euro n’arrange rien, semblent faibles et dépassés…), celle qui n’hésite jamais à recourir à la force armée et qui demeure apparemment la plus animée de convictions religieuses éloignées de l’islam.
- Pendant longtemps, la France a pu se croire « immunisée » contre les colères des musulmans et les sentiments anti-occidentaux en vogue dans le monde arabe. Il nous faut à présent nous interroger sur la pérennité de cette exception Française. Depuis plusieurs années, correspondant à notre retour dans l’OTAN, aux interventions militaires dans le cadre de coalitions, au durcissement du discours de politique étrangère à l’égard de certains dirigeants du monde arabe, à notre fermeté sur le dossier nucléaire iranien et sur la crise syrienne, notre différence de positionnement (par rapport aux anglo-saxons) est beaucoup moins perceptible. Rien à voir avec le discours aux Nations-Unies sur l’Iraq, qui nous avait valu une forte cote de sympathie dans le monde arabe. Ce mouvement de « banalisation » de la France au sein du bloc occidental amplifie d’autant les risques liés à la publication de caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo…
Le pire, un affrontement généralisé et violent entre occidentaux et musulmans, n’est en aucun cas certain.
D’un certain point de vue, les printemps arabes ont avant tout montré un élan né d’une envie de changer la vie, de changer de dirigeants, bien plus qu’une opposition massive à l’Occident. Le ferment des printemps arabes – un processus de transformation qui traverse le Moyen-Orient – est certes une source de violence politique, mais il débouche sur d’autres combats que la Jihad contre les infidèles…
On peut peut-être compter sur la raison, la hantise d’un conflit majeur et les forces de rappel nées d’une dépendance mutuelle.
Et espérer, pourquoi pas, que la diplomatie trouve là à s’illustrer et confirmer sa vocation, celle de permettre un dialogue respectueux, confiant et fécond entre les peuples…
« Bases lourdes » des relations internationales
Après avoir tenté de saisir, à grands traits, les émergents, la Chine, l’Inde, après avoir cherché à recadrer la question du prétendu G2 américano-chinois, je vais laisser de côté les questions d’actualité internationale pour revenir aux « fondamentaux », en m’intéressant aux bases des relations internationales. J’aurais peut-être dû inverser l’ordre des choses, et commencer par les « bases lourdes » avant de traiter les phénomènes plus récents, plus contemporains…
Mais peu importe l’ordre. L’essentiel est de faire partager une possible présentation du système, de façon simple, sans prétendre à l’exhaustivité ni surtout, à l’analyse savante des grands théoriciens des relations internationales. Il s’agit plutôt d’une vue d’ensemble des acteurs, des grands blocs thématiques, des grandes catégories.
- Le socle des relations internationales : données lourdes.
- Qu’est-ce que les relations internationales ? Deux conceptions sont possibles, en 2012.
- Dans l’acception classique, on pourrait dire, institutionnelle, ce sont les États et les organisations internationales qui dominent la scène mondiale, lui impriment leur marque, définissent le cadre et le corpus de règles. Cette lecture traditionnelle procède d’un constat : les États sont « premiers » ; ils détiennent l’ « ultima ratio », le recours à la violence légitime, y compris la guerre. Clairement, le primat est ici donné aux États et leurs créatures, les organisations internationales. Dans cette conception, les relations internationales sont la somme des relations entre États, entre organisations internationales et entre États et organisations internationales.
- Dans une acception plus avancée, plus moderne peut-être, coexistent, aux côtés des États et des organisations internationales, acteurs certes majeurs, de nouveaux agents, parfois extrêmement puissants, même s’ils sont souvent plus discrets et parfois moins engagés dans les grands sujets d’intérêt commun. S’y rangent les multinationales, les grands établissements financiers, les grandes ONG, les acteurs transnationaux de tous types (y compris les groupes terroristes), le tout orchestré par les grands médias planétaires, sur fond d’émergence, encore balbutiante, d’une « opinion publique internationale » ou d’une « conscience collective universelle »…Ici, ce sont les acteurs non étatiques, nés de (ou favorisés par) la globalisation, de la radicalisation, d’un climat « libéral » depuis la fin des grands blocs et des polarisations idéologiques etc…qui sont en exergue. Dans leur version virulente, voire violente, ces acteurs « infra-étatiques » donnent corps à ce que l’on désigne parfois sous le terme de « menace asymétrique » (typiquement : AQMI au Sahel, AQPA dans la péninsule arabique…).
- En réalité, que l’on retienne l’une ou l’autre acception, les types d’acteurs des relations internationales contemporaines sont bien de deux ordres : ordonnés, structurants, en quête de régulation ; ou entropiques, déstructurants , à l’origine de dérégulations. Il me semble que c’est là que réside le grand clivage dans notre monde. Y œuvrent clairement des forces responsables, stabilisatrices, rassurantes ; y opèrent dans le même temps des forces anomiques, déstabilisatrices, inquiétantes. Cette ligne de partage relève moins de combinaisons éthiques (bien/mal) que d’une certaine idée du triptyque« sécurité/liberté/solidarité » transposé dans le champ international. Cette ligne de partage distingue bien moins les acteurs des relations internationales d’un point de vue « organique », lié à leur nature (États, entreprises, ONG, associations, groupements etc…) que d’un point de vue « téléologique », lié à leur finalité, aux buts ultimes poursuivis. Je relève que certains acteurs peuvent, à l’aune de ce clivage, se présenter sous un jour ambivalent, y compris les États : constructifs et stabilisateurs lorsqu’ils bâtissent un compromis sur le climat, règlent pacifiquement un différend, coopèrent pour reconstruire une zone dévastée par un tremblement de terre, tentent de poser des règles communes pour protéger la biodiversité etc…destructeurs et fauteurs de troubles s’ils font la guerre, encouragent des pratiques commerciales restrictives ou agressives, laissent se développer des déséquilibres conflictuels (démographiques, énergétiques, monétaires…).
- Peut-être faut-il admettre que les relations internationales sont comme un être gigantesque, animé de pulsions ou désirs contradictoires, entre envie de construire et de détruire, entre pulsion de mort et énergie vitale, d’un excès à l’autre, où surviennent, en cas de forts déséquilibres, des mouvements de correction brutaux (sorte d’homéostase à l’échelle du monde) ? Les relations internationales sont en tout état de cause animées, incarnées, très (trop) humaines au fond… derrière l‘apparente froideur des constructions de marbre de certaines institutions, derrière le réglage fin des Sommets, derrière l’hyper-sophistication des marchés de capitaux….
- Les relations internationales institutionnelles
De quoi est fait le tissu quotidien des relations internationales aujourd’hui ? D’une étoffe particulière, constituée de plusieurs couches, de plusieurs niveaux, qui se superposent et interagissent entre eux (et en cela, le système international est bien un système, au sens d’une somme de facteurs/éléments en interrelation structurelle).
Il y a le niveau des relations qu’on pourrait qualifier, pour simplifier, d’ institutionnelles.L’impression d’une primature maintenue des relations institutionnelles n’est pas qu’une illusion d’optique, fruit d’une déformation professionnelle : la vision d’un agent de l’État.
C’est une réalité toujours à l’œuvre, incontournable. Même si le cadre ainsi formé est, dans la marche du monde contemporain, un cadre souple, malléable, et même parfois à éclipse ou d’une faiblesse confinant à l’absence, il n’en reste pas moins que les États et organisations internationales y demeurent des référents, dépositaires d’une légitimité qui les singularise. De ce point de vue, les crises internationales, sous toutes leurs formes, jouent un rôle de « révélateur » : elles replacent systématiquement en première ligne les acteurs institutionnels, qui s’attachent à formuler les réponses, assembler les solutions, reconstruire de nouveaux équilibres.
Car au commencement des relations internationales modernes, structurées, « policées » que nous connaissons étaient les États. Ce sont d’eux que procèdent à la fois les organisations internationales et le droit international public, censé régir et encadrer les relations entre États ainsi qu’entre États et organisations internationales (NB le droit international s’entend comme le droit international public, sachant qu’il en existe une autre branche, le droit international privé).
Certes, les récents développements du droit international humanitaire, des droits de l’homme et du droit commercial international donnent à penser que les individus ou les sociétés multinationales peuvent être perçus comme des sujets du DIP. Cette interprétation va cependant à l’encontre de l’orthodoxie juridique internationale traditionnelle, puisque seuls les sujets du DIP peuvent créer, appliquer ou veiller à l’application des règles de ce droit et porter la responsabilité de sa violation, même en ce qui concerne les droits de l’homme, le droit humanitaire et le commerce international. Il paraît donc peu évident de nos jours d’admettre les personnes morales ou physiques comme des sujets du système juridique international…- Fondements des RI : le droit international public. Les grandes Conventions réglant les relations internationales. Les organisations internationales.
- Les relations internationales classiques s’ordonnent autour d’une corrélation entre le fait et le droit. Les faits d’histoire ont été régulièrement sanctionnés par des traités/conventions négociés au nom des Chefs d’États ou de Gouvernements. Ceux-ci donnaient pouvoirs de traiter à des plénipotentiaires, munis de lettres de présentation. Citons le Traité d’Utrecht, de Westphalie, de Versailles, de Trianon, Sèvres etc…
Après l’échec de la Société des Nations dans les années 1920, puis la IIème guerre mondiale, une ère nouvelle a débuté, où le droit a également tenu toute sa place : la Charte des Nations-Unies, la multiplication des organisations internationales, dans l’orbite de l’ONU (le système onusien) et en-dehors, telle l’Union européenne, puis les grands traités régissant les relations entre Etats (Conventions de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, 1961 et 1963).
Qu’est-ce que le droit, dans les relations internationales, au juste ?
- On peut définir le droit international public (DIP) de deux façons.
*De façon formelle, d’abord, on peut dire qu’il n’existe pas de Code du Droit international public, à proprement parler, et pas davantage de hiérarchie entre les différentes sources, qu’elles soient écrites ou non. C’est peut-être une des conséquences de la non-existence d’un ordre juridique international établi malgré la quasi-omniprésence de l’ONU dans les conflits mondiaux. Les différentes sources du DIP sont mentionnées à l’article 38 du statut de la Cour internationale de justice :« La Cour, dont la mission est de régler conformément au droit international les différends qui lui sont soumis, applique :
- Les conventions internationales, soit générales, soit spéciales, établissant des règles expressément reconnues par les États en litige ;
- La coutume internationale comme preuve d’une pratique générale, acceptée comme étant le droit ;
- Les principes généraux du droit reconnus par les nations civilisées ;
- Sous réserve de la disposition de l’article 59, les décisions judiciaires et la doctrine des publicistes les plus qualifiés des différentes nations, comme moyen auxiliaire de détermination des règles de droit.
La présente disposition ne porte pas atteinte à la faculté pour la Cour, si les parties sont d’accord, de statuer ex aequo et bono ».
De cet article on peut retirer deux sortes de sources :
- Les sources non écrites, que sont la coutume, les principes généraux du droit ainsi que l’équité ;
- Les sources écrites que sont les traités et les actes unilatéraux des Etats, des organisations internationales et des juridictions et tribunaux internationaux.
*De façon substantielle, ou matérielle, on peut définir le DIP comme la somme des renoncements des Etats à leurs souverainetés (ce qui montre à la fois la primature des Etats dans l’ordre juridique international, le caractère évolutif du DIP et la difficulté à parvenir à un ordre supra-étatique). - En tout état de cause, pour qu’il y ait un véritable ordre juridique, il faut nécessairement la combinaison :
- d’une règle de droit ;
- d’une sanction de cette règle de droit (de son irrespect) ;
- et des moyens de faire appliquer cette sanction.
A cet égard, la faiblesse congénitale du DIP tient sans doute à ce qu’il vérifie le premier critère (l’existence de règles de droit) ; satisfait parfois, mais pas toujours, au deuxième critère (l’existence d’une sanction à cette règle) ; et ne répond pratiquement jamais au troisième critère (les moyens d’exécution forcée de la sanction du manquement à la règle).- Il y a à cette faiblesse congénitale des exceptions ponctuelles, même si elles peuvent être lourdes de conséquences spectaculaires : le chapitre VII de la Charte des Nations-Unies, qui permet au Conseil de sécurité des NU, en cas de menace contre la paix ou de rupture de la paix, de décider d’une action coercitive (cf guerre du Golfe de 1991; cf Libye tout récemment, dans une moindre mesure, où l’usage de la force a été permis aux fins de la protection des populations civiles).
- Il y a aussi une autre exception plus générale et permanente: le droit communautaire, dans le cadre de l’Union européenne, où les critères cumulatifs d’un véritable ordre juridique intégré sont presque réunis : existence de règles de droit (nombreuses ; complexes, denses…) ; existence de sanctions aux manquements ; troisième étage, avec un ordre juridictionnel à part entière (CJUE ; TPI…), disposant du pouvoir de prononcer des astreintes…manque cependant une « police européenne », dotée de pouvoirs supranationaux et de voies d’exécution forcée, pour le cas échéant faire appliquer par la contrainte des décisions de justice. Mais on peut avancer, par comparaison avec le DIP en général, que l’ordre juridique de l’Union européenne est d’essence quasi-fédérale et tout de même très intégré.
- Forme des relations internationales: le Protocole ; les Sommets ; les visites bilatérales
- Le Protocole est un ensemble de règles encadrant le cérémonial et la préséance, censé mettre ordre et rigueur dans la marche des évènements. Il structure les rapports formels entre États. Dans les pays de tradition légaliste et centralisatrice, le Protocole agit comme un régulateur, car il demeure, selon la formule du général de Gaulle, « l’expression de l’ordre dans l’État ».
En France, cet ordre est codifié par le décret du 13 septembre 1989 modifié le 21 septembre 1995, relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires.
S’il ne concerne pas le contenu des relations interétatiques, le Protocole se veut tout de même un langage codé et implicite, universellement admis, à défaut d’être universellement identique, solennel, conférant aux relations diplomatiques leur pérennité et leur intemporalité. Qu’il s’agisse de définir les modalités d’accueil d’un Chef d’État à l’échelle de coupée de l’avion, les honneurs qui lui seront rendus, les cadeaux qui lui seront offerts, le plan de la table où il sera reçu à dîner, le Protocole apporte des réponses ordonnées, strictes, qui n’interdisent pas une part d’improvisation, ni une certaine souplesse. - Quatre observations sur l’évolution du Protocole, dans le temps, c’est-à-dire depuis Henri II (qui créa le maître de cérémonies) ou Charles IX, qui institua l’introducteur des Ambassadeurs :
- c’est une fonction extensive : de l’introduction des Ambassadeurs au XVIème siècle, ayant pour tâche de guider leurs pas et leurs démarches, le Protocole est à présent chargé de la mise en œuvre pratique de l’activité extérieure (visites en France, voyages à l’étranger, conférences et sommets internationaux). Il participe ainsi à la projection de l’influence et de l’image de notre pays ;
- c’est une fonction complexe : il faut en effet concilier le respect de nos traditions nationales avec la souplesse nécessaire pour que nos visiteurs soient satisfaits. A cet égard, il faut être conscients que certaines délégations étrangères sont plus faciles et plus légères que d’autres ; que certains pays visités ont des protocoles rigides et désuets, tandis que d’autres n’en ont pas ou en ont plusieurs. Les facettes sont donc multiples, les codes subtils, le professionnalisme nécessaire ;
- c’est une fonction sous haute contrainte : l’accélération de l’histoire affecte la durée des déplacements de Chefs d’État et de Gouvernement. La « fabrication » d’une visite exige particulièrement de savoir-faire : équilibrer dans une durée de plus en plus courte des entretiens de fond, des repas officiels, des rencontres avec les milieux économiques, les Parlements, les clubs de réflexions, ainsi que des conférences de presse et des entretiens télévisés. A telle enseigne qu’il y a 40 ans, un voyage officiel durait 10 jours, il y a 20 ans presque une semaine. Aujourd’hui, on prend 3 jours pour une tournée continentale, 36 heures pour une visite d’État souvent associée à une escale avec entretien. Dans ce contexte où le temps est un bien rare, le Protocole travaille et négocie en permanence l’architecture générale des programmes et leur déroulement.
- c’est une fonction politique : le Protocole contribue à la communication, en cherchant à faire correspondre forme et fond ; il doit privilégier ce qui est réalisable et ce qui sert les messages clés d’un voyage (NB un voyage répond à une logique, se déroule selon un ou des thèmes structurants et doit donc avoir une architecture « intelligente », avec des temps forts qui en cristallisent le sens).
- Les Sommets de Chefs d’État et de Gouvernements, tels les Conseils européens, les G20, les G8 (on parle de Sommets multilatéraux) ou les Sommets bilatéraux (c’est-à-dire entre deux pays) sont le point d’orgue de ces rituels séculaires, où jaillissent au grand jour les symboles, les jeux de pouvoir, la force du verbe, le langage comportemental et gestuel etc…On dénonce souvent leur caractère peu productif, les effets de surface etc…On y discute (et décide) pourtant parfois de réelles bifurcations, inflexions dans la marche des rapports internationaux, voire, dans l’histoire des peuples. Au fond, ces Sommets sont la forme pacifique la plus solennelle, la plus liturgique, la plus sacrée que peuvent prendre les relations internationales.
- Les visites bilatérales se rangent selon une typologie précise : visites d’État (les plus lourdes, les plus « signifiantes », les plus conclusives en règle générale; visites officielles ; visites de travail ; visites privées avec ou sans audience. A chaque type de visite correspond un certain cadre, une certaine durée, un certain niveau d’exigences et de rituels. En clair, la visite d’État est la plus solennelle et marque au plus haut point l’intensité que l’on souhaite conférer à la relation bilatérale. A l’opposé, la visite privée sans audience est pratiquement anonyme. A l’heure actuelle, les visites d’État sont en nombre réduit, compte-tenu de leur durée incompressible (deux à trois jours en moyenne) et de la lourde organisation qu’elles supposent. Les visites officielles ou plus encore, les visites de travail, sont devenues les plus fréquentes.
- Le Protocole est un ensemble de règles encadrant le cérémonial et la préséance, censé mettre ordre et rigueur dans la marche des évènements. Il structure les rapports formels entre États. Dans les pays de tradition légaliste et centralisatrice, le Protocole agit comme un régulateur, car il demeure, selon la formule du général de Gaulle, « l’expression de l’ordre dans l’État ».
- Forme des relations internationales: le Protocole ; les Sommets ; les visites bilatérales
- Le Protocole est un ensemble de règles encadrant le cérémonial et la préséance, censé mettre ordre et rigueur dans la marche des évènements. Il structure les rapports formels entre États. Dans les pays de tradition légaliste et centralisatrice, le Protocole agit comme un régulateur, car il demeure, selon la formule du général de Gaulle, « l’expression de l’ordre dans l’État ».
En France, cet ordre est codifié par le décret du 13 septembre 1989 modifié le 21 septembre 1995, relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires.
S’il ne concerne pas le contenu des relations interétatiques, le Protocole se veut tout de même un langage codé et implicite, universellement admis, à défaut d’être universellement identique, solennel, conférant aux relations diplomatiques leur pérennité et leur intemporalité. Qu’il s’agisse de définir les modalités d’accueil d’un Chef d’État à l’échelle de coupée de l’avion, les honneurs qui lui seront rendus, les cadeaux qui lui seront offerts, le plan de la table où il sera reçu à dîner, le Protocole apporte des réponses ordonnées, strictes, qui n’interdisent pas une part d’improvisation, ni une certaine souplesse. - Quatre observations sur l’évolution du Protocole, dans le temps, c’est-à-dire depuis Henri II (qui créa le maître de cérémonies) ou Charles IX, qui institua l’introducteur des Ambassadeurs :
- c’est une fonction extensive : de l’introduction des Ambassadeurs au XVIème siècle, ayant pour tâche de guider leurs pas et leurs démarches, le Protocole est à présent chargé de la mise en œuvre pratique de l’activité extérieure (visites en France, voyages à l’étranger, conférences et sommets internationaux). Il participe ainsi à la projection de l’influence et de l’image de notre pays ;
- c’est une fonction complexe : il faut en effet concilier le respect de nos traditions nationales avec la souplesse nécessaire pour que nos visiteurs soient satisfaits. A cet égard, il faut être conscients que certaines délégations étrangères sont plus faciles et plus légères que d’autres ; que certains pays visités ont des protocoles rigides et désuets, tandis que d’autres n’en ont pas ou en ont plusieurs. Les facettes sont donc multiples, les codes subtils, le professionnalisme nécessaire ;
- c’est une fonction sous haute contrainte : l’accélération de l’histoire affecte la durée des déplacements de Chefs d’État et de Gouvernement. La « fabrication » d’une visite exige particulièrement de savoir-faire : équilibrer dans une durée de plus en plus courte des entretiens de fond, des repas officiels, des rencontres avec les milieux économiques, les Parlements, les clubs de réflexions, ainsi que des conférences de presse et des entretiens télévisés. A telle enseigne qu’il y a 40 ans, un voyage officiel durait 10 jours, il y a 20 ans presque une semaine. Aujourd’hui, on prend 3 jours pour une tournée continentale, 36 heures pour une visite d’État souvent associée à une escale avec entretien. Dans ce contexte où le temps est un bien rare, le Protocole travaille et négocie en permanence l’architecture générale des programmes et leur déroulement.
- c’est une fonction politique : le Protocole contribue à la communication, en cherchant à faire correspondre forme et fond ; il doit privilégier ce qui est réalisable et ce qui sert les messages clés d’un voyage (NB un voyage répond à une logique, se déroule selon un ou des thèmes structurants et doit donc avoir une architecture « intelligente », avec des temps forts qui en cristallisent le sens).
- Les Sommets de Chefs d’État et de Gouvernements, tels les Conseils européens, les G20, les G8 (on parle de Sommets multilatéraux) ou les Sommets bilatéraux (c’est-à-dire entre deux pays) sont le point d’orgue de ces rituels séculaires, où jaillissent au grand jour les symboles, les jeux de pouvoir, la force du verbe, le langage comportemental et gestuel etc…On dénonce souvent leur caractère peu productif, les effets de surface etc…On y discute (et décide) pourtant parfois de réelles bifurcations, inflexions dans la marche des rapports internationaux, voire, dans l’histoire des peuples. Au fond, ces Sommets sont la forme pacifique la plus solennelle, la plus liturgique, la plus sacrée que peuvent prendre les relations internationales.
- Les visites bilatérales se rangent selon une typologie précise : visites d’État (les plus lourdes, les plus « signifiantes », les plus conclusives en règle générale; visites officielles ; visites de travail ; visites privées avec ou sans audience. A chaque type de visite correspond un certain cadre, une certaine durée, un certain niveau d’exigences et de rituels. En clair, la visite d’État est la plus solennelle et marque au plus haut point l’intensité que l’on souhaite conférer à la relation bilatérale. A l’opposé, la visite privée sans audience est pratiquement anonyme. A l’heure actuelle, les visites d’État sont en nombre réduit, compte-tenu de leur durée incompressible (deux à trois jours en moyenne) et de la lourde organisation qu’elles supposent. Les visites officielles ou plus encore, les visites de travail, sont devenues les plus fréquentes.
- Le Protocole est un ensemble de règles encadrant le cérémonial et la préséance, censé mettre ordre et rigueur dans la marche des évènements. Il structure les rapports formels entre États. Dans les pays de tradition légaliste et centralisatrice, le Protocole agit comme un régulateur, car il demeure, selon la formule du général de Gaulle, « l’expression de l’ordre dans l’État ».
- Substance des relations internationales : Le monopole de la violence légitime ; l’« ultima ratio » du recours à la force ; les déséquilibres ; les conflits ; les coopérations ; les négociations….
Forme et substance : c’est une division classique, simple, inspirée du droit, mais qui convient à une vue d’ensemble. Nous avons vu la forme prise par les rapports entre acteurs institutionnels. Venons-en à leur substance. De quoi sont faites les relations internationales, au fond ?
- Une fois encore, trois plans se détachent, voire, se superposent et interagissent.
- Il y a le niveau des États et des organisations internationales. C’est le plus stable des trois, le plus lent à évoluer et réagir, même s’il s’adapte, se déforme et se reforme sous la pression du milieu, des forces en présence, des « chocs » du temps long de l’histoire… D’une certaine façon, il assure un genre de maillage de l’ensemble des relations internationales, à cette réserve près qu’il s’agit de mailles de plus en plus larges, qui ne filtrent plus, loin s’en faut, tous les grands évènements. Encore faut-il s’interroger sur la « masse critique » atteinte par ces acteurs classiques des relations internationales. Combien d’entre eux font-ils encore un tant soit peu l’Histoire du monde ? Selon un analyste américain, une « trentaine » d’États seulement, sur les 193 officiellement admis à l’ONU, disposeraient en 2012 de moyens suffisants pour être considérés comme des acteurs globaux du système, susceptibles d’avoir, à divers titres, un véritable impact. Quant aux organisations internationales, certaines sont peu connues, qu’elles soient très spécialisées (OACI, OMI…) ou en recherche d’un second souffle (BIT, UPU). Mais d’autres (ONU, FMI, UE…) occupent une part significative du champ des relations internationales.
- Il y a le niveau des organisations infra-étatiques. Certaines sont philantropiques. Elles œuvrent pour la paix et la stabilité, ainsi que la correction des déséquilibres les plus criants. On peut citer « Médecins sans frontières », Handicap international, Amnesty, Greenpeace etc… D’autres sont lucratives, et recherchent une échelle d’activités leur permettant de maximiser leurs profits (ou leurs actifs). On pense bien évidemment aux multinationales, mais aussi, aux banques, fonds en tous genres etc… D’autres, enfin , sont fondamentalement nuisibles, tournées vers la déstabilisation et la lutte dite « asymétrique » (NB c’est-à-dire menée avec des moyens inégaux par rapport aux États, mais susceptibles de se glisser « sous » les moyens de défense des États et entraîner une forte déstabilisation). On pense forcément à Al Qaida, AQMI, AQPA…
- Il y a en outre, de plus en plus, le niveau des individus. L’individu consommateur, dont les choix peuvent modifier le système productif et donc, l’écologie. L’individu citoyen, que ses modes de vie rendent responsable des biens publics mondiaux. L’individu témoin, spectateur engagé, qui se passionne pour un évènement ponctuel de portée planétaire, du fait de son retentissement médiatique. L’individu solidaire, qui contribue à une cause humanitaire ou se rallie à une ONG. Voire, plus récemment, l’individu indigné, qui sous plusieurs latitudes, à New-York, Madrid, ou Tel Aviv, cherche du sens et dénonce la « société de marché ». Il est en tout état de cause de plus en plus clair que ces agrégations d’individus, d’un pays à l’autre, créent des blocs d’opinion aux contours flexibles et changeants, mais de plus en plus présents dans le débat international. Ces blocs, agrégats parfois multinationaux d’individus occupent, nourrissent, font vivre une sorte d’« espace public international », pour reprendre la célèbre formule de Jurgen Habermas. A l’évidence, les technologies et moyens de communication modernes contribuent au phénomène de façon prépondérante (NB moyens de communication, de retransmission, mass media…).
- Le monde d’aujourd’hui, très ouvert, multipolaire, où aucune puissance ne domine absolument les autres, où il n’y a plus de blocs antagoniques jouant un rôle « homéostatique », de plus en plus libéral aussi, où la communication est permanente, est un monde qui absorbe et digère les chocs, « fabrique » aussi de l’inquiétude (il est très anxiogène) et produit des déséquilibres à répétition.
Ce monde là, le nôtre, n’est plus adossé à un cadre robuste, légitimé par la guerre mondiale et le désir collectif de « dépasser » les nationalismes et l’autodestruction. Le système international de 1945, le système « onusien » pour simplifier, peine à saisir la complexité et la densité des nouveaux types de puissances, des nouveaux rapports de force et des nouveaux enjeux globaux.
Les déséquilibres, nombreux, qui caractérisent le monde de 2012 invitent pourtant à trouver collectivement des régulations nouvelles. Tel est l’objet du G8, du G20, des grandes Conférences sur le climat, la biodiversité, qui se tiennent dans l’orbite de l’ONU, du cycle de l’OMC etc… Pourtant, ces nouvelles régulations peinent à voir le jour, en raison de la diversité des points de vue, des oppositions d’intérêts et de la difficulté objective à bâtir des consensus planétaires sur des questions elles-mêmes planétaires. Dans le meilleur des cas, ce sont les plus petits dénominateurs communs qui vont faire office de compromis.
- De cet ensemble flou, de ce monde assez plastique, irrésolu, où pour plagier Gramsci, le monde nouveau n’a pas encore remplacé l’ancien, comment et pourquoi les États émergent-ils encore ?
Il y a au moins trois raisons.
- L’un tient sans doute à la fonction même de l’ État, statuere, « dresser », « ériger », qui est de protéger les groupes humains de la destruction et du chaos. L’État assure une fonction irréductible, dans un monde hétérogène et conflictuel, très mondialisé, de réassurance, de bornage culturel, linguistique, ethnique, religieux etc… IL est un élément d’identification, un puissant fabriquant d’identité, souvent différentielle (par différence avec …) dont les individus peuvent tirer un sentiment de sécurité.
- La deuxième tient sans doute à la légitimité démocratique des États, pour organiser, ou prétendre organiser, les coopérations, les régulations, occuper l’espace public international. Même si certains groupements infra-étatiques leur mènent la vie dure, si certaines multinationales sont plus prospères qu’eux, si l’État-Nation n’est plus toujours regardé comme une forme politique achevée des sociétés humaines, il n’y a pas d’autre entité qui puisse se prévaloir, comme le peuvent les États démocratiques, d’avoir été « armée », ou « missionnée » afin d’agir dans l’Histoire…
- La troisième correspond à un seuil d’intervention des États sans égal : l’État détient encore, dans les relations internationales, la majeure partie de la violence légitime, tirée de son monopole interne de ladite violence. C’est encore aux États, à eux seuls, qu’appartient « l’ultima ratio » : la guerre et la paix. Cet état de fait a été accentué par le fait nucléaire, pendant des décennies. La question du possible dépassement du fait nucléaire n’a pas diminué les prérogatives des États, dans ce registre critique.
- La dynamique des Nations, face cachée des relations internationales.
Dans « La dynamique du capitalisme », Fernand Braudel relève notamment que les Nations suivent des mouvements longs (dans la longue durée) et connaissent des cycles qui procèdent largement de facteurs subjectifs, somme des croyances collectives et des engagements individuels.Le degré de mobilisation, l’énergie des populations dictent dans une large mesure leurs trajectoires. Ces moteurs « immatériels », qui trouvent leur source dans une sorte de direction collective, sont donc bien plus que les produits arithmétiques de facteurs physico-financiers. On ne peut pas expliquer par les seules considérations liées aux ressources naturelles, à la Production en stock ou aux avantages comparatifs l’évolution d’un pays par rapport aux autres.
Les moteurs d’expansion sont en effet beaucoup plus complexes et profonds, en réalité.
Les convictions, l’adhésion à un socle de valeurs communes, religieuses ou profanes, représentent une importante force d’entraînement. Qu’on songe à l’An mille, en Occident, où la peur millénariste avait ensuite cédé le pas à un fervent élan mystique, à l’origine d’une spectaculaire poussée, dans plusieurs pays gagnés par une fièvre de construction faisant éclore des églises romanes, dans toute l’Europe de l’ouest.
La psychologie collective joue également un rôle important. Elle se traduit notamment dans la confiance en l’avenir, dans le rapport collectif entretenu par une génération donnée avec les générations précédentes et suivantes : pensons- nous vivre, faire mieux que nos prédécesseurs ? C’est sur ce point que les « pays émergents » se détachent et s’affirment de la manière la plus nette, comparés aux pays « émergés » ou encore « immergés » : ils ont une solide confiance dans leur destin, leurs réalisations présentes et à venir, leur « futur », en un mot.
Le rapport aux autres pays, au Monde, s’en trouve modifié. Une dynamique ascendante se traduit fréquemment par un haut degré d’ouverture, une forte aptitude à l’échange, une capacité de déploiement et son pendant, l’aptitude à l’accueil. Une dynamique descendante s’accompagne le plus souvent, à l’inverse, de tendances au repli sur soi, au protectionnisme (si l’on écarte le « protectionnisme éducateur » de certains pays en phase de décollage), à des postures « défensives ». Une dynamique « linéaire » ou stable serait un juste milieu rarement atteint, fruit d’un important travail de réflexion des peuples sur eux-mêmes, leur permettant de tirer tout le parti possible de leur passé.
Dans cet ordre d’idées, les Nations, comme les individus, ont leurs pathologies, que les relations internationales mesurent et enregistrent. Les dépressions collectives, nourries par de véritables épidémies psychiques, peuvent mener au « décrochage » et au chaos. A l’opposé, les montées de fièvre nationalistes, mues par des certitudes aveugles, conduisent à une inflation porteuse de tous les périls.
Trop souvent, les peuples « missionnent » alors des dirigeants pour accomplir leurs destins, qu’ils soient remarquables ou catastrophiques. Si la fierté nationale est un sentiment juste, légitime, bien tempéré, traduisant une juste satisfaction pour ce qu’on est et ce qu’on réalise ensemble, l’orgueil national peut entraîner ceux et celles qui l’éprouvent dans la recherche de satisfactions compensatoires. Comment ne pas comprendre ainsi les terribles errements de l’Allemagne hitlérienne ? Toutes ces distorsions dans les représentations sont sources de leurres, de rêves et d’illusions : elles produisent généralement des déraillements spectaculaires
L’inde, dans le ventre de l’éléphant
Après avoir examiné, dans les très grandes lignes, le cas du dragon chinois, venons-en à l’éléphant indien, toujours avec l’objectif de chercher à mieux cerner l’émergence de ces nouveaux pôles.
Autant le modèle d’expansion de la Chine, sur le plan économique et même, à présent, diplomatique, est rapide et visible au grand jour, autant le cheminement de l’Inde paraît plus lent, plus discret (timide) et moins fermement mené. Et pourtant, la dynamique indienne est à l’œuvre. Et pourtant, on commence à parler aussi de l’Inde et à la voir défendre ses intérêts. Et pourtant, l’Inde fait entendre une voix singulière, depuis son indépendance, non-alignée, courtier entre Nord et Sud, en quête d’un rang qu’elle estime lui revenir.
Qu’y a –t-il dans le ventre de l’éléphant ?
Il me semble, si je dois caractériser le mouvement en cours, que la lente affirmation de l’Inde sur la scène internationale n’a pas levé tous les obstacles à son insertion dans le monde.
Commençons par trois remarques liminaires, pour bien avoir à l’esprit l’environnement stratégique de l’Inde, en Asie :
- L’Asie est un continent où les principaux pouvoirs militaires d’aujourd’hui et de demain sont en présence, en confrontation, et interagissent : la Chine, les États-Unis, l’Inde et la Russie.
- L’Asie est également un continent pétri de zones de conflits, de tensions et comportant un large spectre de menaces (Afghanistan, Pakistan, la Péninsule coréenne, Taïwan).
- L’Asie est de plus en plus un bloc géopolitique, qui pèse de manière croissante sur les équilibres mondiaux et la gouvernance mondiale (G20, ONU, biens publics mondiaux, course aux armements…).
L’Inde s’affirme lentement, mais sûrement, dans les relations internationales (on a parlé du « slow rise of India »)
Elle cherche à se doter de certains des attributs susceptibles de lui conférer un statut de future puissance globale.
- A-Les piliers du décollage de l’Inde
Il y en a notamment quatre.
- L’économie, bien sûr. Avec une croissance très soutenue, presque pas affectée par la crise de 2008, l’Inde devrait grimper rapidement dans la hiérarchie mondiale, passant de la 11ème à la 6ème place d’ici à 2016.
- la démographie : l’Inde aura une population plus importante que la Chine en 2025, non seulement dans l’absolu, mais également en termes de potentiel de productivité de sa population active.
- les forces armées : puissance nucléaire depuis 1974, l’Inde est au 9ème rang mondial en termes de dépenses militaires, avec une très forte augmentation de son budget de défense (+8,4%, et 27 milliards d’euros pour l’année fiscal 2011-2012).
- la dynamique des Nations (chère à Fernand Braudel) est un point à la fois inquantifiable et extrêmement palpable, quand on réside dans ce pays. Les Indiens sont tout simplement confiants dans leur avenir collectif. Ils sont convaincus que leurs vies s’amélioreront sans cesse. Cette conviction d’un « avenir brillant » et le sentiment que le temps joue pour l’Inde, que l’avenir de l’Inde est en quelque sorte « protégé », font partie de l’affirmation du pays.
- Les manifestations du décollage de l’Inde sont multiples.
A la suite des nombreux changements découlant de la nouvelle politique économique lancée en 1991 par Manmohan Singh, alors Ministre des Finances et de l’Économie, et de l’effondrement de leur allié historique, l’URSS, les autorités indiennes ont reformulé leur politique étrangère, en promouvant de nouvelles approches sans renoncer à leurs partenaires traditionnels (G77, Russie…).- L’Inde a avant tout recherché activement la stabilité, afin de poursuivre sa croissance, à différents niveaux :
- dans sa relations bilatérale avec le Pakistan, en dépit des attentats de Bombay de novembre 2008, même si cette relation demeure fragile, bien que les Premier ministres des deux pays se soient rencontrés en mars 2011 ;
- dans son environnement régional, assez mouvant, qui tend à fixer une grande partie des capacités diplomatiques de l’Inde : avec le Sri-Lanka, le Bangladesh, le Népal, la Birmanie…
- dans sa quête de « sécurisation » des achats énergétiques, qui sous-tend une grande partie des choix de la politique étrangère indienne (liens avec les États du golfe et certains Etats africains…).
- En outre, le Gouvernement de New-Delhi ambitionne d’acquérir un statut politique international conforme à la nouvelle orbite suivie par l’économie de l’Inde.
Il a trois objectifs cardinaux à cet égard :
- Entretenir une relation de proximité croissante avec les États-Unis, avec un but double : a) combler un fossé dans les alliances régionales, les Indiens se percevant comme quelque peu isolés ; b) obtenir une reconnaissance par Washington, soir la seule superpuissance contemporaine, et ce faisant, accéder à un nouveau statut ;
- Ancrer l’Inde en Asie orientale, force motrice de la croissance en Asie, dans le cadre de la « Look East policy » lancée dans les années 1990 (renforcement des relations avec le Japon ; relations plus paisibles avec la Chine ; expansion des relations, économiques en particulier, avec les autres États d’Asie du Sud-Est ; et avec les organisations régionales telles que l’ASEAN) ;
- Renforcer l’influence de l’Inde au sein des Nations-Unies (par l’obtention d’un statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies) , au sein du G20 et des autres organisations pertinentes en charge de la régulation commerciale et financière.
Cette montée en puissance de l’Inde, qui est à présent clairement entrée dans les radars des occidentaux, n’a pas pour autant levé tous les obstacles à son insertion mondiale.
- Des questions demeurent, concernant la capacité de l’Inde à confirmer son nouveau statut.
Pour trois raisons au moins.
- La pauvreté durable qui prévaut dans tout le pays tend à polariser l’agenda politique sur les problèmes domestiques (sécurité alimentaire, infrastructures…) et entretient un malaise social, susceptible de retentir sur la sécurité du pays (ex : mouvement terroriste naxalite).
- L’administration de l’Inde est un point faible: coordination insuffisante entre les Ministères; efficacité insuffisante des forces de sécurité; corruption à grande échelle; réseau diplomatique et effectifs du Ministère des affaires étrangères en-dessous du seuil requis.
- De ce fait, la diplomatie indienne est presque exclusivement réactive, pour ne pas dire jamais en initiative. A l’exception de son voisinage immédiat, la diplomatie indienne n’est pratiquement jamais perçue comme une force motrice, et semble toujours extrêmement influencée par l’esprit du groupe des 77 (pays non alignés).
- La relation triangulaire entre l’Inde, la Chine et les États-Unis confirme que New-Delhi n’a pas complètement fixé la position de l’Inde dans ce contexte stratégique.
A cet égard, un jeu de pouvoirs subtil est à l’œuvre en Asie, qui rend la position de l’Inde très inconfortable à moyen terme.
- L’Accord sur la coopération nucléaire civile avec les États-Unis, signé en 2008 et le soutien à l’exportation de matériaux nucléaires font de l’Inde, en tant qu’État détenteur du feu nucléaire et non-signataire du Traité sur la non-prolifération, une spectaculaire exception à la politique américaine, qui souligne l’importance stratégique de l’Inde dans la région aux yeux de Washington.
- En retour, la Chine, qui prétend protéger une zone élargie “d’intérêts essentiels” dans la région, a récemment renforcé sa coopération avec le Pakistan, notamment dans le domaine des activités nucléaires civiles.
- Les États-Unis ont confirmé que l’axe Washington-Pékin jouait un rôle-pivot dans les affaires mondiales, comme l’a montré la visite d’État du Président Hu Jintao à Washington (en janvier 2011).
Dès lors, New-Delhi devra intensifier ses relations avec les États-Unis et avec la Chine, pour pouvoir disposer de leviers politiques et économiques lui permettant d’éviter l’impact négatif soit d’une coopération trop étroite entre Pékin et Washington, soit des conflits potentiels entre ces deux pays.
- Trois défis principaux pointent à l’horizon, qui seront déterminants pour l’avenir de l’Inde.
- Priorité absolue, en tête de liste: le décollage de “l’Inde réelle”, de l’Inde des pauvres et des miséreux, cette grande majorité de la population qui survit encore avec moins de deux dollars par jour.
- Priorité numéro 2: comment stabiliser la situation dans le voisinage immédiat (Pakistan/Afghanistan/Sri Lanka/Chine/Bangladesh) sans consacrer toutes ses forces exclusivement aux opérations régionales?
- Priorité numéro 3: l’Inde doit devenir chef de file sur certaines questions mondiales, et ne pas apparaître simplement comme une puissance “timide” ou “introvertie”, ou encore réactive, capable seulement de faire obstacle à des projets ou actions conjointes qui déplaisent à ses dirigeants…
- Commentaire
L’Inde est de plus en plus perçue comme une puissance significative dans le monde d’aujourd’hui, bien qu’elle n’apparaisse pas aussi impressionnante et irrésistible que la Chine. Cela prendra du temps, sans doute plus que dans le cas chinois, d’accéder à un statut international. La montée de l’Inde sera plus lente, mais sous-tendue par des dynamiques Lourdes. Les régulations internes du système Indien, avec la démocratie, la liberté d’expression, les droits individuels et une classe moderne d’entrepreneurs bien formés, l’anglais parlé sur tout le territoire etc…seront des atouts maîtres pour les décennies à venir.
Le G2 américano-chinois
Je voudrais aborder, dans le sillage des développements consacrés aux pays émergents, en particulier la Chine et à l’Inde, un sujet qui a été largement commenté, celui d’un soi-disant G2 américano-chinois. Par G2, les observateurs ont voulu parler d’une sorte de co-pilotage des affaires mondiales par la superpuissance actuelle, les États-Unis, et la puissance montante, la Chine.
Je crois qu’il faut séparer, sur cette question, le mythe et la réalité, ou plutôt, les réalités qu’il recouvre.
- Le rapprochement des États-Unis et de la Chine, que traduit ce concept de G2, était, à bien des égards, inéluctable.
- Plusieurs facteurs pèsent en effet en faveur d’une relation plus étroite entre les États-Unis et la Chine :
- La look east policy de l’Administration américaine n’est pas nouvelle ;
- au sein de l’ensemble asiatique, la Chine s’affirme comme la nouvelle grande puissance à visées globales ;
- les besoins de la Chine et les marchés qu’elle représente suscitent un fort tropisme des entreprises américaines ;
- La dette américaine est très largement financée par le Gouvernement de la République Populaire de Chine ;
- Des connivences sont apparues entre américains et chinois sur certains grands dossiers internationaux : cf l’environnement et le climat, qui ne sont une priorité pour aucun des deux pays. cf la régulation financière internationale, où convergent finalement le « laisser faire » américain avec les réticences chinoises à traiter de problèmes attribuées aux dérives du capitalisme libéral occidental.
- Les deux pays ont une perception mutuelle qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Tous deux sont trop grands pour être dominés. Tous deux sont trop “spéciaux” pour changer radicalement. Tous deux ont trop besoin l’un de l’autre pour se permettre de s’isoler.
- En règle générale, les États-Unis et la Chine perçoivent que leurs intérêts se recoupent dans suffisamment de secteurs pour conférer un sens croissant à leur partenariat.
- A ces facteurs s’ajoute la logique de puissance :
- Les États-Unis sont une superpuissance en quête de partenaires/rivaux, depuis la dislocation du bloc soviétique
- La puissance a horreur du vide : la montée de la Chine fait donc pièce au « monopole » américain
- Il s’est produit un changement dans les priorités américaines après les attentats du 11 septembre 2001, en faveur de la lutte contre le terrorisme. L’attaque contre les tours jumelles a conduit à des coopérations renforcées entre les deux pays, élargissant le champ des actions conjointes menées par Washington et Pékin, conduisant les deux pays à redéfinir un rôle central pour la Chine dans les affaires régionales et mondiales. La quête chinoise d’un partenariat équilibré n’était plus, dans ces conditions, une revendication outrancière émanant d’un pays vulnérable. Mais de plus en plus, une réalité, étayée par des capacités économiques et financières.
- La Chine a recherché l’adoubement des États-Unis pour accéder à son statut actuel : l’accession au statut de grande puissance passe par un dialogue privilégié avec Washington
- Les deux États ont des intérêts stratégiques parfois convergents et une tendance à se reconnaître mutuellement (« effet de miroir » des très grandes puissances). Face à la Russie, voire l’Inde et même, peut-être, le Japon.
- On observe une capacité de blocage des chinois dans certaines enceintes auxquelles les Etats-Unis prennent une part active (ONU, G20).
- Plusieurs facteurs pèsent en effet en faveur d’une relation plus étroite entre les États-Unis et la Chine :
- Ce mouvement de rapprochement, de convergences, n’a pas débouché sur un véritable condominium américano-chinois. Pourquoi ?
J’y vois trois raisons majeures.
- D’une part, parce que les bases de ces deux États et leurs visions du monde sont très éloignées l’une de l’autre. Les États-Unis et la Chine n’ont pas une conception commune de l’ordre international. Il y a plusieurs raisons profondes à cela.
- Les États-Unis sont une puissance démocratique, imprégnés de la culture du droit et attachés aux droits de l’homme. Pas la Chine. Sur certains sujets, tels la gouvernance interne, leurs buts ultimes sont tout simplement incompatibles. Aucune des deux puissances ne tient pour acquis que l’autre partage la totalité de ses objectifs.
- Les États-Unis oscillent entre isolationnisme, angélisme et interventionnisme. La Chine s’en tient assez strictement à la défense et à la consolidation de ses intérêts.
- Les États-Unis ont une politique extérieure extravertie. Ils n’hésitent pas, au nom de certains principes et du rôle de garant/gardien dont ils se sentent investis, à intervenir militairement hors de leurs frontières. Les Chinois ont une politique extérieure introvertie, prudente, et placée sous le sceau du pacifisme (dans le discours au moins).
- Le déploiement de la puissance américaine est mondial. Celui de la Chine reste principalement régional, même si l’on observe une tendance expansive à cet égard (cf présence militaire et mesures chinoises contre la piraterie au large des côtes somaliennes).
- D’autre part parce que les divergences de vues et conflits d’intérêts entre Chine et États-Unis sont légions :
- Divergences sur les taux de change et la gestion de la monnaie (cf debats lors des différents Sommets du G20 à propos du « Framework for a strong, sustainable and balanced global growth ») ;
- Divergences sur les causes des déséquilibres commerciaux (notamment dans le commerce bilatéral) et les moyens d’y remédier ;
- Divergences sur l’ordre social, le rôle des partis politiques, des médias, la place de l’individu dans la société etc…
- Divergences sur certaines crises : Iran, Syrie etc…et sur le Tibet
- Conflits d’intérêts dans l’accès à certains marchés, le degré d’ouverture respective des deux économies, la protection des droits de propriété intellectuelle.
- A terme prévisible : concurrence probable pour l’accès à certaines ressources naturelles (énergétiques, minerais etc…).
- Et enfin parce que les autres acteurs du système international ne veulent pas entendre parler d’un tel condominium, qui s’apparenterait à un grand Empire bicéphale.
- Un condominium supposerait l’absence de puissances tierces, un désir de domination partagé et un champ d’intervention dénué d’obstacles sérieux.
- Or le monde du 3ème millénaire est de plus en plus polycentrique et incontrôlable.
- L’Union européenne, les grands émergents, certains pays « irréductibles » (Iran) entendent également peser sur le cours de l’histoire.
- D’une part, parce que les bases de ces deux États et leurs visions du monde sont très éloignées l’une de l’autre. Les États-Unis et la Chine n’ont pas une conception commune de l’ordre international. Il y a plusieurs raisons profondes à cela.
- Quoi conclure, sur ce prétendu G2?
- En réalité, deux tendances lourdes ont vu le jour, en directions contraires. Sur de nombreux sujets, la relation États-Unis/Chine s’est apaisée, évoluant dans le sens de la coopération. Dans le même temps, néanmoins, des différences profondément enracinées dans l’histoire et les orientations stratégiques sont apparues. Les questions économiques et commerciales, la prolifération des armes de destruction massive en sont deux bons exemples.
- la non-prolifération en Corée du Nord: pour les américains, un État voyou doit être puni; pour la Chine, la Corée du nord est un allié potentiel, autant qu’un acteur du rééquilibrage des forces en Asie.
- en matière économique, autre illustration, il y a deux concepts différents qui sous-tendent les politiques cambiaires respectives des deux Parties. Pour Washington, le bas niveau du yuan est traité comme une manipulation du taux de change, destinée à favoriser les entreprises chinoises et portant atteinte aux intérêts des entreprises américaines. Pour Pékin, une politique de change qui soutient les producteurs domestiques n’est pas tant une politique économique que l’expression d’un besoin chinois de stabilité politique.
- Au total, les États-Unis et la Chine ont de plus en plus à dialoguer, s’accorder, s’entendre, en raison d’une association d’intérêts bien compris et d’une connivence nouvelle adossée aux responsabilités qu’implique leur statut de « grande puissance ». Pour autant, ils auront grand peine à harmoniser véritablement leurs positions sur le commerce, la monnaie, la politique à suivre dans certaines crises et à l’égard de certains pays etc… Et plus encore, à mettre entre parenthèses les profondes différences qui caractérisent leurs systèmes politiques et leurs organisations sociales. On voit ainsi naître, entre Washington et Pékin, plutôt que le condominium annoncé hâtivement, une sorte « d’équilibre de la terreur économique et monétaire » (cf article Joseph Nye in « the great debate »).
- Pour prendre acte de ces mouvements contradictoires, les procédures de consultations extensives ont été renforcées en janvier 2011. Dai Binggao, Conseiller d’État chargé de la politique étrangère, est le principal artisan de cette étape nouvelle côté chinois. La question-clé, en l’espèce, est bien d’évoluer de la gestion de crise à la définition d’objectifs communs, de la résolution de controverses stratégiques à leur prévention. Est-il possible de parvenir à un partenariat dénué d’arrière –pensées, à un ordre mondial fondé sur la coopération? La Chine et les États-Unis peuvent-ils développer une véritable confiance stratégique? Ce sera un enjeu crucial pour la prochaine décennie…
The US-China G2 |
The US-China G2
In light of developments in emerging countries, particularly in China and India, a subject which has been widely reported, I would like to address a so-called US-China G2. The concept of G2 proposed a kind of co-piloting of world affairs by the current superpower, the United States, and the rising power, China.
I think we should separate the myth and reality within this issue by going over the realities G2 covers.
- The reconciliation of the United States and China, reflected by the G2 concept, was, in many ways, inevitable.
- Several factors favor a relationship between the United States and China:
- The Look East policy of the American administration is not new.
- Within Asia, China is emerging as a new great world power.
- The needs of China and the market it represents elicit a strong tropism of US companies.
- The US debt is largely financed by the government of the People’s Republic of China.
- Connivance appeared between Americans and Chinese on some major international issues: refer to the environment and climate which are a priority for both countries, and their international financial regulation, which ultimately converges on American “laissez-faire” and Chinese reluctance in dealing with problems attributed to the excesses of Western liberal capitalism.
- The two countries also have a mutual perception that they need from one another. Both of the two countries are too big to be dominated, and both are too “special” to change radically. Furthermore, both countries need each other too much to allow themselves to be isolated from one another.
- Overall, the United States and China see that their interests overlap in enough areas to give meaning to their growing partnership.
- These factors add to the logic of power:
- The US is a superpower that has been seeking partners/rivals since the breakup of the Soviet bloc.
- Power dislikes emptiness: thus the rise of China plays a part in an American “monopoly.”
- Since the September 11, 2001 attacks, a change in American priorities was made towards fighting against terrorism. The attack on the twin towers led to closer cooperation between the two countries, expanding the scope of joint actions by Washington and Beijing. This led the two countries towards redefining a central role for China in regional and global affairs. The Chinese quest for a balanced partnership was no longer, under these conditions, an outrageous claim by a vulnerable country, but a fact which was increasingly supported by economic and financial capacity.
- China sought the support of the United States to reach its current status: the rise to a status of great power through a close connection with Washington.
- Both states sometimes have converging strategic interests and tend to recognize each other (“mirror effect” for great powers; against Russia, even India, and perhaps concerning Japan as well)
- We can observe the US takes a part in a blocking capacity of certain Chinese speakers (ONG, G20).
- Several factors favor a relationship between the United States and China:
- Despite an approach movement of convergences, there hasn’t been any creation of a real US-China political territory where the two countries could share equal dominium. Why?
I personally see three major reasons.
- First of all, because the bases of these two states and their world views are so different from one another, the United States and China do not have a common understanding of international order. There are several reasons for this:
- The United States, as opposed to China, is a democratic power, steeped in the culture of law and committed to human rights. On some subjects, such as internal governance, their ultimate goals are simply incompatible. Neither power assumes that the other shares all of its objectives.
- The United States ranges between isolationism, angel-ism, and interventionism. Whereas China adheres quite strictly to the defense and consolidation of its interest.
- The US has an extroverted foreign policy. They do not hesitate, under certain principles and under the guardian role they feel invested in, to use military intervention outside their borders. However, the Chinese have a more introverted foreign policy, which is more prudent and under the seal of pacifism (at least in discourse).
- The deployment of American power is global, but that of China is mainly regional, even though there’s an expanding trend in this area (refer to military presence and Chinese measures against piracy in Somalia).
- The widespread differences and conflicts of interest between China and the United States are other reasons why there are no current political territories for the two countries to exercise joint-sovereignty:
- Differences in exchange rates and currency management (refer to discussions at the various G20 summits about the “framework for a strong, sustainable and balanced global growth).
- Differences in the cause of trade imbalances (particularly in bilateral trade) and how they are addressed.
- Differences in social order, the role of political parties, media, and the place of the individual in society etc.
- Differences with certain crises (refer to crises with Iran, Syria and Tibet)
- Conflicts of interest with access to certain markets, the openness of the two respective economies, and protection of intellectual property rights.
- Ultimately: the likelihood of competition for access to natural resources (energy, minerals etc).
- And finally, because the other players in the international system wouldn’t want to hear of such a shared territory, which would resemble a large two-headed empire, there has not yet been a real US-China territory of joint-sovereignty.
- This type of territory implies the absence of third powers and a shared desire to dominate a field of intervention without serious obstacles.
- Yet the world of the 3rd millennium is increasingly poly-centric and uncontrollable
- The European Union, the major emerging countries, and certain “irreducible” countries (Iran) also intend to influence the course of history.
- First of all, because the bases of these two states and their world views are so different from one another, the United States and China do not have a common understanding of international order. There are several reasons for this:
- What is the conclusion on the supposed G2?
- In reality, two trends have emerged in opposite directions. On many respects, the relationship between the US and China has died down, moving in the direction of cooperation. At the same time however, deeply rooted differences in history and strategic directions have emerged. The economic and trade issues and the proliferation of weapons of mass destruction are two good examples.
- Non-proliferation in North Korea: for Americans, a rogue state must be punished; for China, North Korea is a potential ally towards re-balancing forces in Asia.
- In economic terms, there are two different concepts underlying the policies on monetary changes respective to both parties. For Washington, the low level of the yuan is treated as a manipulation in exchange rates, designed to favor Chinese companies and adversely affect US companies. For Beijing, a foreign exchange policy that supports domestic producers is not really an economic policy that the Chinese feel they need for political stability.
- In total, the United States and China have more to discuss, to agree on, and to hear due to a combination of best interests, and a new league backed with responsibilities
involving their status of “great power.” However, they will have difficulties truly harmonizing their positions on trade, currency policy, and politics to follow in certain crises and in respect of certain countries etc. Furthermore, they will have difficulties trying to put together the profound differences which characterize their political systems and social organizations. Thus, instead of a hastily announced political territory where the two countries would share equal dominium, we see the creation of a kind of “balance of terror on economic and monetary affairs” between Washington and Beijing (see article by Joseph Nye in “the great debate”). - To take note of these contradictory movements, extensive consultation procedures have been strengthened in January 2011. Dai Binggao, State Councillor in charge of foreign policy, is the principal architect of this new step relating to the Chinese. The key question in this case is to evolve from crisis management to the definition of common objectives, by moving towards the prevention of controversies with strategic resolution. Is it possible to achieve a partnership devoid of ulterior motives, to an international order based on cooperation? Can China and the United States develop true strategic trust? These questions will all become crucial issues throughout the next decade.
Le G2 américano-chinois |
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